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May 03 2011

10:59

Nom d’un Troll !

Qui traîne un peu sur Internet a forcément eu affaire à un troll. Peut-être a-t-il lui-même été un troll, quoiqu’involontairement — imaginez-vous un seul instant qu’un gentil rédacteur de Morbleu puisse troller par vice ? Car oui, il y a des trolls involontaires, des maladroits… comme il peut y en avoir des fous [1]. Sur Morbleu on a eu un fou, son tartinage le disputait à sa démence (des récitations de Nietzsche et des listes des méchants animateurs de la TV).

Troller c’est pas cool, comme on nous le dit sur ce blog écolo (où je déplore un oubli, mon remède préféré : la censure). Mais doit-on pour autant en déduire que tout comportement agressif, de mauvaise foi et ignorant est trolling ? Sans doute non, ce serait réduire le tout à la partie : tous les entêtés ne sont pas des trolls. Le troll a certaines particularités, il est par exemple susceptible de tout le temps changer d’avis, ou de ne jamais vraiment lire ce qu’on lui répond. Mais tout cela est bien vague, et c’est souvent un simple entêté qu’on risque de prendre pour un troll (et vice versa, et mélimélo). Faut-il alors veiller à se garder d’une telle reductio ad trollum ? Oh que non ! Prendre Untel pour un imbécile ou un fou, c’est une sacré récréation. La rhétorique ne doit pas vous priver des plaisirs de l’évidence. Mais prenez toutefois garde à rester bien élevé, et à adapter votre propos, à répondre ou non, si c’est opportun.
- Mais pourquoi répondre à un troll ? Ça n’est jamais vraiment opportun, de toute façon la cause est fichue, c’est un sale con.
- Tout simplement parce que ce « sale con », comme vous dites mon cher lecteur, peut à l’occasion livrer une thèse juste ou un argument intéressant. Je vous prie à l’avenir de modérer votre enthousiasme s’il doit vous faire dire de telles grossièretés. Vous vous tairez donc jusqu’à ce que j’ai fini d’écrire.

Ce n’est donc pas le troll que vous laissez s’épanouir, mais bien la discussion. Pourquoi ? Parce qu’il est fort possible que la mauvaise foi soit (malheureusement) un moteur essentiel de tout débat, et par extension de toute recherche. Je laisse maintenant la parole à un insulteur de premier ordre, dont le propos est si clair et intelligent que, contre l’usage morbleuesque, je vais le laisser conclure.

« Il est pourtant quelque chose qui peut être dit sur cette mauvaise foi, sur ce fait de persister à soutenir une thèse qui paraît fausse, même pour nous-mêmes : nous sommes souvent initialement convaincus de la validité de notre propos, mais les arguments de notre adversaire semblent les réfuter. Si nous abandonnons immédiatement notre position, nous pourrions nous rendre compte par la suite que finalement nous avions raison et que c’était la preuve de l’adversaire qui était fausse. L’argument qui nous aurait sauvé ne nous est pas venu sur le moment. C’est donc de là que découle cette maxime que d’attaquer un contre argument quand bien même celui-ci nous paraît criant de vérité, en espérant que celle-ci n’est que superficielle et qu’au cours du débat un autre argument nous viendra qui pourra endommager la thèse adverse ou confirmer la validité de la notre : nous sommes ainsi comme presque forcés à être de mauvaise foi, ou du moins fortement enclins à l’être. La faiblesse de l’intellect et la perversion de la volonté se soutiennent mutuellement. De là, ces joutes n’ont pas pour objectif la vérité mais une thèse, comme s’il s’agissait d’une bataille pro aris et focis poursuivie per fas et nefas [2]. Comme expliqué plus haut, il ne peut en être autrement ».
Schopenhauer, L’Art d’avoir toujours raison, Introduction

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[1] Il peut aussi y avoir des fous rires, comme celui qu’a encore Oscar quand il se remémore comment on sut remettre en place celui qui est depuis devenu son collaborateur le plus prolifique. Que les plus inquiets se rassurent, je laisse maintenant tranquilles les gens de chez Schizodoxe.
[2] La bataille pro aris et focis, pour défendre ses autels, est celle où on cherche à défendre son camp (sans doute qu’on le croit légitime). Combattre per fas et nefas, c’est combattre par tous les moyens (et il n’est alors plus vraiment question de légitimité), c’est là qu’on emploie la dialectique éristique, que Schopenhauer présente dans ce texte. Voilà comment je comprends les choses, si vous avez mieux, n’hésitez pas !


L’Art d’avoir toujours raison

Dominique Miermont (Traduction). Mille et une nuits 2003, Poche, € 2,00

March 31 2010

07:19

Qu’est-ce qu’on lit ?

AmazonBig Brother vous espionne ; Morbleu ! aussi. Nous savons tout de vos habitudes de lecture. Non seulement quant à nos lumineux articles minutieusement distillés pour régaler vos malheureux neurones avides d’intelligence, mais également quant à certains livres que certains lecteurs achètent sur certains sites à partir de certains de nos articles.

En effet, il n’aura échappé à personne qu’à la fin de nos articles se trouvent un ou plusieurs livres en rapport plus ou moins éloigné avec le thème du texte, et dont nous conseillons la lecture. Certains osent cliquer sur ces liens ; ils se retrouvent alors sur la page d’Amazon relative au livre (ou au DVD, ou au CD). Certains audacieux vont encore plus loin : ils osent même l’acheter sur ce même site (car certains ne craignent pas, eux, de confier leur numéro de carte bleue à un tel site - simili private joke que ne comprendront que ceux qui doivent comprendre).

Naturellement, il faut grassement le souligner, nous ne savons rien, mais alors absolument rien des personnes qui commandent ces fabuleux objets culturels que nous conseillons. Est-ce toi ? Est-ce vous ? Est-ce lui ? Est-ce moi ? Politique de confidentialité oblige, la seule information fournie, et dont nous, Morbleu !, nous disposons, est que tel ou tel livre fut acheté à partir de nos pages. Et rien d’autre - si ce n’est qu’une *commission* _toute_relative_ nous est promise en tant que promoteur culturel et « Gentil Contributeur au CA d’Amazon. »

Aujourd’hui est un grand jour. Depuis que nous avons cédé à cette funeste tentation de nous rallier au Grand Capital de la Silicon Valley (qui, pour le coup, se prolonge jusqu’à Seatle), nous avons accumulé, cher lecteur, pas moins de 11,72 € de commissions, et ce en un temps record d’à peu près deux ans. Si la tendance se confirme, nous pourrons très probablement acquérir un auteur en Pléiade avant la mort annoncée du livre, qui, selon certains, serait plus qu’imminente.

Mais le plus intéressant n’est pas encore là. Il est davantage dans le choix des livres que nos valeureux et méritants lecteurs décidèrent d’acquérir. Nous avons longtemps hésité avant de vous les divulguer, et de critiquer fermement le goût de nos lecteurs. Au final, l’exigence d’exégèse [1], l’impératif sociologico-cognitif [2], la volonté de savoir s’est imposée comme une passion bien trop irrésistible. Ci-dessous, la liste des 10 best-sellers morbleuesques qui se sont les plus arrachés au cours de ces deux dernières années - par ordre alphabétique : assez d’arbitraire pour aujourd’hui.


Critique de la raison pure

Alain Renaut (Traduction). Flammarion 2006, Poche, 749 pages, € 8,75

Pas moins de DEUX Critique de la raison pure vendues ! Admirable ! Qui osera encore dire qu’ici, on est pas kantien, alors qu’aucun Foucault n’est encore parti ?


Essai sur les femmes

Jean Bourdeau (Traduction). Mille et une nuits 2005, Poche, 63 pages, € 2,37

Je crois très bien connaître au moins un de ces lecteurs. Misogyne notoire et habitué du tourisme sexuel dans les pays d’Europe de l’Est. On entend souvent dire que la lecture ouvre l’esprit ; pour le coup, elle a sans doute radicalisé une manie.


L’Esprit de l’athéisme

André Comte-Sponville. LGF 2008, Broché, 215 pages, € 4,77

Et pourquoi pas Onfray, tant qu’on y ait ?


L’avenir d’une illusion

Jacques André (Préface). Presses Universitaires de France - PUF 2004, Broché, 61 pages, € 7,60

Niveau athéisme, ça c’est tout de même plus ébranlant.


La métaphysique du temps chez Leibniz et Kant

Miklos Vetö (Préface). L’Harmattan 2008, Broché, 288 pages, € 25,65

Ce lecteur est prié de bien vouloir se faire connaître, et de si possible nous fournir une fiche de lecture, la plus complète possible. Merci.


La philosophie critique de Kant

Gilles Deleuze. Presses Universitaires de France - PUF 2004, Broché, 108 pages, € 7,50

Et oui. On lit du Deleuze ici ! Concernant ce texte, je juge cependant que pour qui ne connait pas très bien Kant, et pour qui ne connait pas très bien Deleuze, il est parfaitement illisible. Désolé.


La vie sexuelle d’Emmanuel Kant

Jean-Baptiste Botul. Mille et une nuits 1999, Poche, 93 pages, € 2,79

LE hit. Cinq exemplaires. Remercions Botul. Remercions Kant (qui, entre Deleuze, la Critique de la raison pure, et cette Vie sexuelle, a tout de même bien la cote sur Morbleu !, en dépit de bien des accusations fallacieuses). Remercions, aussi et surtout, BHL. Pour moi, il s’agit là du meilleur des Botul. Et pour cause, vu ses auteurs : ce n’est évidemment pas lui qui l’a écrit, mais ce n’est pas Pagès non plus. C’est en effet avant tout à Thomas de Quincey et à Nietzsche qu’il faut l’attribuer, puisqu’il s’agit en grande partie d’une synthèse de leurs textes. Ce qui explique pourquoi on pouvait se tromper. Remarquons que l’on s’est également arraché La métaphysique du mou, la correspondance avec Landru, et le Démon de midi − qui sont tous moins bons, car pas écrits par Nietzsche et Quincey.


Le sport barbare

Marc Perelman. MICHALON 2008, Broché, 96 pages, € 8,38

Pour résumer la thèse du livre en quelques mots : le sport, c’est de la m***e, comme dirait l’autre. Le sport, c’est le capitalisme ; le capitalisme, c’est mal ; donc, le sport c’est mal. Le sport, c’est l’opium du peuple, c’est l’opium des intellectuels. Une société désaliénée doit se débarrasser du sport, tout comme de la religion. Les sportifs sont des homosexuels refoulés.


Les chênes qu’on abat…

André Malraux (Préface). Gallimard 1971, Broché, 239 pages, € 20,90

Notre public : des kantiens et/ou des gaullistes.


Modeste proposition

Marion Bataille (Illustrations). Mille et une nuits 2006, Poche, 61 pages, € 2,40

Très bien. Cependant, je n’arrive toujours pas à déterminer si Swift est ironique ou au contraire sérieux lorsqu’il propose que l’on mange les enfants des pauvres et que l’on fasse porter aux vagabonds une sorte d’étoile jaune.

L’astronomique somme qui nous revient nous est délivrée sous la forme d’un bon d’achat. Il nous faut donc trouver un livre, ou autre chose, en lequel réinvestir ce capital, et qui soit surtout digne de notre public qui, pour ainsi dire, nous l’offre − chacun pourra nous le dédicacer, s’il y tient. Nous avons bien une idée − parfaitement déviante. Mais nous restons évidemment ouverts à toute suggestion, surtout si elle vient de toi, cher-e lecteur-trice.

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[1]Remarquez l’allitération - ou assonance, comme vous voulez.

[2] Et non socialo-communiste.

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