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January 29 2010
[www.endredi(t)] Haïti, Derrida, Sarkozy, Dany-Robert Dufour, Nike, Picasso, Eric Chevillard, encore Eric Chevillard, Clearstream, Georges Frêche et Tekila Tex
Cette semaine, dans www.endredi(t) : Haïti, Derrida, Sarkozy, Dany-Robert Dufour, Nike, Picasso, Eric Chevillard, encore Eric Chevillard, Clearstream, Georges Frêche et Tekila Tex.
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Quand la terre tremble - À chaque tremblement de terre, il y en a toujours un pour rappeler le traumatisme du tremblement de terre de Lisbonne de 1755, la lecture qu’en firent Voltaire (finalement, nous ne sommes pas dans le meilleur des mondes possibles de Leibniz) et Rousseau (c’est la faute à la civilisation qui s’installe là où il ne faut pas). Roger-Pol Droit fait plus et invoque Husserl pour montrer que lorsque la terre tremble, ce sont toutes nos certitudes qui s’effondrent.
Derrida en francés - De nombreux textes de Jacques Derrida en Français. Chic !
Nicolas Sarkozy pourrait-il être Français si on lui appliquait ses lois ? − Réponse : oui.
La fin du grand récit libéral − Devenons enfin de vrais postmodernes.
« Just do It! » Comment Nike a changé ma vie − Une des questions qui m’intéresse ces derniers temps, c’est de comprendre comment on met les gens au travail. Quelles stratégies, quels dispositifs la société a-t-elle trouvés pour se mettre au labeur, pour que le travail soit préférable à la paresse ? Il s’agit plus que du problème marxiste de l’aliénation/exploitation, où la mise au travail des masses est presque coercitive, est le résultat d’un rapport de force entre les classes dominantes et dominées. Car aujourd’hui, les classes dominantes travaillent également, elles ne se contentent plus de faire descendre les autres dans les mines ou de les enfermer dans des usines. Aujourd’hui, beaucoup travaillent de bon cœur, sans que l’on ait à les forcer. Mon problème est plus : comment est-il possible de mobiliser, de monopoliser le plus du temps disponible des individus, qu’ils soient en haut ou en bas, et de l’orienter vers des tâches uniquement productives, en faisant en sorte que ces individus ressentent tout ceci de manière positive, que cela résulte d’une démarche résolument active de leur part. Sans aucun doute les analyses de Weber quant à la sécularisation du protestantisme, en particulier de la notion de Beruf, sont importantes. Dans un autre travail, qui peut-être paraitra un jour et bouleversera le monde, j’essaie modestement de mettre en rapport le sport et le phénomène de l’addiction avec ce problème. On en vient au texte proposé ici : c’est celui d’un coach qui propose une méthode de motivation pour éviter la célèbre procrastination. On y reconnait une ascendance provenant des TCC (briser le cycle des fameuses « pensées automatiques »), mais surtout une anthropologie philosophique implicite schizophrénique fragmentant l’identité des individus en plusieurs « moi » : le moi courageux et ambitieux (le bon) qui veut faire certaines choses et les panifie à l’avance, et le moi paresseux (le mauvais) qui les remet au lendemain une fois qu’il doit les réaliser. L’injonction « Just do It ! » de la marque Nike (qui signifie « victoire ») doit permettre de protéger le bon moi des tentations du mauvais moi.
Elle se prend les pieds dans un Picasso…et le déchire − Au musée Metropolitan de New York, une visiteuse a déchiré un Picasso. C’est très triste. Lorsque j’avais visité ce musée il y a quelques mois, lors d’une visite guidée (épisode que j’ai oublié de relater − mais en mangeant une madeleine avec du thé devant cet article, je m’en suis ressouvenu), une des personnes de l’assistance s’était curieusement et brutalement évanouie, avait sombré sur le sol dans un bruit lourd, très vite recouvert par des « Oh My God ! » des personnes l’entourant et d’un « Oh putain ! » du français que j’étais (ce qui me fait dire que Dieu est une putain, ou plutôt que les putains sont des déesses). Plus de peur que de mal, surtout pour l’une des œuvres qui, après avoir beaucoup chancelé, retrouva miraculeusement son équilibre.
Le blog de Eric Chevillard - 790 - Je découvre cet écrivain et son blog présenté par Pierre Assouline. Chaque jour, trois pensées. Celles que j’ai liées me plaisent bien.
Le blog de Eric Chevillard - 792 - Comme c’est très bon, je vous en remets un autre.
Quelques mots dur le jugement Clearstream - Pour y voir plus clair dans cette fumeuse affaire qui sépare la France en deux, les villepinards et anti-villepinards (que l’on ne doit pas comprendre comme les opposants au mauvais vin, mais ceux persuadés de la culpabilité), comme jamais depuis l’affaire Dreyfus et l’affaire Julien Coupat. Pour ma part, après avoir été longtemps anti-villepinard, dans le sens non pas où j’aurais été sarkozard ou convaincu que Villepin était un grand conspirationniste, mais dans celui où ce dernier aurait laissé courir les rumeurs du moment que celles-ci lui auraient profité - comme certainement la plupart des politiciens à sa place -, les récents événements de ce matin rééquilibrent la balance que le petit procureur qui se cache en moi tient dans sa main.
Frêche – Fabius : l’enregistrement - Ce que Georges Frêche a vraiment dit. J’ai peur de l’avouer, mais j’ai le sentiment qu’il n’y a pas de quoi fouetter un chat. Si les journalistes, surtout ceux qui ont relayé benoîtement l’article de L’Express par lequel ceci fut révélé, avaient correctement fait leur travail en écoutant cette source plutôt qu’à penser ce que L’Express permettait qu’on puisse penser, sans doute n’auraient-ils pas cherché derrière cette expression proverbiale « qui n’est pas catholique » plus que ce qu’elle ne contient. Car tout part de L’Express qui a saisi ce mot prononcé vraisemblablement de manière très anodine, qui l’a mis en exergue un peu partout sur son article, certainement pour faire du buzz comme on dit. Laurent Fabius, interrogé par le même journal sur la question, n’a pas souhaité répondre sur ce sujet, et à l’heure où le journal était mis sous presse, rien ne permettait à L’Express de dire si celui-ci avait compris dans cette attaque que Georges Frêche lui reprochait simplement d’avoir la tête d’un type louche, ou bien de ne pas avoir celle d’un catholique. Sans trancher entre ces deux possibilités, la mise en scène établie par L’Express, qu’elle fut consciente et intentionnelle ou non, aboutie à orienter la lecture de telle sorte qu’il soit possible de penser, d’une part que l’expression n’est pas utilisée dans son sens proverbial mais dans une orientation théologique positive reprochant le manque de catholicisme, et d’autre part théologico-politique négative reprochant le judaïsme du concerné. Tout ce brouhaha n’est pas très catholique.
December 11 2009
Où l’on rencontre un témoin du 11 septembre
Il y a cinq ans, lors de mon précédent voyage, ground zero était visible depuis la rue. Il y avait une stèle commémorative devant laquelle les gens aimaient se photographier en faisant de grands sourires, sans éprouver le moindre sentiment d’indécence.
Aujourd’hui, c’est en chantier et l’on ne voit rien. Les gens vont photographier et sourire dans un local ouvert spécialement à côté, un mémorial où toute la tragédie est racontée, où certaines reliques sont exposées, où une maquette du futur de ground zero est exhibée fièrement en attendant que des tours s’élèvent à nouveau dans le ciel - ce qui n’est pas pour demain compte tenu du manque de crédits -, où des produits dérivés sont vendus - avec toutefois une mention assurant que tous les bénéfices sont versés à une fondation.
Une dame s’approche.
« Vous y étiez lorsque ça s’est produit ? Moi, je ne travaillais pas dans les tours, mais dans un bâtiment en face. Je travaillais dans le social, je m’occupais de working poors. C’est la première fois que je reviens ici depuis l’attentat.
Quelle horreur ! Lorsque l’on a vu le premier avion, on n’avait pas compris, on ne savait pas quoi faire. On regardait l’immeuble en flammes, on voyait les gens crier, mais les portables ne passaient pas.
Puis très vite, un autre avion. Il est indiqué ici qu’il est arrivé une demi-heure après, mais sur le coup, dans mon souvenir c’était immédiat. On criait alors : “On est attaqués ! On est attaqués !” On ne savait pas quoi faire.
On commençait à voir des gens sauter des plus hauts étages pour venir s’écraser par terre. On entendait le bruit des corps qui s’écrasaient.
On devait partir avant que les tours ne s’effondrent, mais il n’y avait plus de transports. L’ordre d’évacuer tout le sud de Manhattan avait été donné.
Il fallait partir à pied. Il y avait des milliers de gens qui marchaient dans les rues, qui couraient, qui pleuraient, qui hurlaient, pendant des kilomètres.
Puis un énorme bruit, une gigantesque explosion, un nuage de poussière sans fin, une obscurité totale, comme en pleine nuit. Tout le monde était gris, toussait.
J’ai marché ainsi jusqu’au upper est side où j’habitais alors. La dame qui était à côté de moi, son fils était dans la tour, et il est mort.
Et aujourd’hui, je me dis que nous sommes bien vulnérables, toujours. À la 42ème rue, il y a des millions de personnes chaque jour, ce serait si simple. Et dire qu’ils veulent faire en sorte que l’on puisse avoir du réseau pour les téléphones portables dans les métros, alors que c’est ce qui a permis de faire exploser des bombes ailleurs…
Moi je ne veux pas que l’on reconstruise des tours ici, je veux que cela reste ainsi, que l’on puisse se souvenir. Ou à la rigueur une petite esplanade comme celle-ci sur la maquette, mais pas quelque chose qui ne soit pas sobre.
Vous savez, tout le quartier a été soufflé par l’effondrement des tours, sauf cette petite église à côté, qui tient bon depuis des siècles. Je me dis que ce doit être un signe de Dieu. C’est peut-être fermé à cette heure, mais ça voudrait la peine que vous la visitiez.
En tout cas, j’ai été très heureuse de parler avec vous. »
December 01 2009
Où l’on découvre une croix gammée dans les toilettes du Radio City Music Hall
- Mais bordel, où étais-tu ? Viens voir ce que je voulais te montrer dans les toilettes, s’exclama un quadra américain. Regarde ! On dirait une croix gammée ! Cette grille d’aération des toilettes au plafond a été conçue en forme de croix gammée, avec les tubes comme ça, c’est vraiment dingue !
- C’est très surprenant ! rétorqua son ami. Ça mériterait une photo !
- On dirait un symbole nazi, observa un homme d’origine indo-pakistanaise assis dans un fauteuil à côté, qui n’avait pas compris tous les mots.
- Ouais ! Une photo ! Et demain dans les journaux, en première page : « SCANDALE À RADIO CITY MUSIC HALL ! » dit l’observateur qui avait fait la découverte, en plaisantant, car il avait bien conscience que cette ressemblance avec le svastika (à ne pas confondre avec hatikvah sous peine de graves problèmes) était bien entendu fortuite, et tenait plus dans le jeu de l’imagination de l’observateur que dans l’objet lui-même.
Attirés par le bruit, les gens commencèrent à s’amasser pour constater, d’un sourire. Puis, un homme accourut avec un appareil photo. Il cadra l’objet avec une grande émotion, avant de s’exclamer : « Oh ! Mais c’est tout ? » Et il repartit aussi vite qu’il était arrivé, laissant les quelques personnes à l’origine de l’attroupement entre elles. Silence. On se regarda dans les yeux, surpris par le comportement de l’homme-photographe.
- Il a été déçu ! s’esclaffa l’homme par qui le scandale était arrivé. « Surement encore un juif… » reprit-il, en nous regardant tous, interloqués par cette dernière remarque. Autre silence. « Un juif… comme moi ! » s’esclaffa-t-il à nouveau. Et il partit.
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