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September 08 2011
Comment Martin (Heidegger) a pécho Hannah (Arendt)
On se souvient que Martin (Heidegger) avait « un piège à fille, un piège tabou, un joujou extra, qui fait crac boum hu : les filles en tombent à ses [mes] g’noux » (© Jacques Dutronc Jacques Lanzmann). Cette arme, c’était une lettre d’amour type que Martin n’hésitait pas à envoyer à toutes ses conquêtes, ce qui énervait beaucoup sa femme Elfride.
Parmi les destinatrices de cette merveilleuse lettre d’amour, il y eut évidemment Hannah (Arendt). Cependant, j’ignorais encore le récit de leur rencontre. Hans (Jonas) eut l’honneur de recueillir une confidence de la part de Hannah à ce sujet. Et comme Hans n’a jamais su tenir ni sa langue, ni sa plume, il a tout raconté. Et comme j’aime bien les potins, je reproduis :
Hannah, étudiante en philosophie de fraîche date, était venue à Marbourg lors du semestre d’hiver 1924-1925 pour Heidegger, comme tous ceux de Königsberg, juifs d’origine qui avaient suivi son appel secret. Elle me confia ceci : à un moment, lors de ce premier semestre, elle était allée voir Heidegger à propos de ses études. L’heure de réception eut lieu au crépuscule et une certaine obscurité se répandait déjà dans la pièce car il n’avait pas allumé la lumière. À la fin de l’entretien, lorsque Hannah se leva pour prendre congé, Heidegger l’accompagnant jusqu’à sa porte, quelque chose d’inattendu se produisit, pour reprendre les termes de Hannah : « Tout à coup, il se mit à genoux devant moi. Je m’inclinai et de sa position il leva les bras vers moi et je pris sa tête entre mes mains ; il me donna un baiser que je lui rendis. » C’est ainsi que cela commença. Ce n’était pas le début ordinaire de la séduction d’une étudiante par son professeur, ni la soif d’aventure d’une étudiante cherchant à séduire un professeur ; au contraire, tout se déroula de façon hautement dramatique, à un niveau d’émotion qui conféra d’emblée à leur relation un caractère absolument exceptionnel. Heidegger avait jeté son regard sur elle. Elle n’était point la seule, car de temps à autre, je ne l’appris que plus tard, il s’intéressait aux étudiantes, et je n’ai pas entendu dire qu’une d’entre elles lui ait jamais résisté.
Hans Jonas, Souvenirs, p. 83, cité in Roger Dadoun, « Héraclitiques : du denken en-tant que-bunker stukas & panzer : ailes-heil du « penser » en-tant-que-tank » in Brohm, Dadoun, Ollier, Heidegger, le berger du néant : critique d’une pensée politique, Paris, Homnisphères, 2007, p. 44-45.
Martin appréciait ainsi défourailler au moins autant qu’un ex-directeur du FMI, ex-futur président de la Sainte République Française. Mais ses méthodes étaient autrement moins brutales : génuflexion presque kowtowesque dans un premier temps pour appâter la proie ; lettre d’amour métaphysique et jargonneuse ensuite pour ferrer le poisson. Mesdames, sachez à ces signes reconnaître un nazillon aux ambitions philosophiques affichées, mais qui ne veut simplement que vous prendre sous sa couche.
Époque bénie d’avant Sein und Zeit, lorsque Martin était moins connu ! Il avait alors 35 ans, elle 18. Il était son Pygmalion, elle sa lolita. Las ! Cette relation cessa quelques mois plus tard, Hannah partant pour Fribourg, laissant Martin à ses amours de Marbourg. Martin ne reviendra que quelques temps plus tard à Fribourg : en 1928 comme successeur à la chaire d’Husserl, et surtout à partir de 1933 comme recteur de l’Université, pour faire la chasse au juifs. Heureusement, en 33, Hannah était déjà réfugiée en France.
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July 01 2010
La philosophie dans Google
Un jour que je cherchais des photos d’Hayek sur Google, j’eus la surprise de découvrir que celui-ci était d’une apparence fort féminine et appétissante, bien loin de l’austérité viennoise à moustache que j’imaginais. En fait, il s’agissait de Salma, et non de Friedrich.
Il ne s’agit là n’est que de l’une des mille surprises que Google est capable d’offrir au cyber-chercheur. D’autres existent. L’une des plus savoureuses est celle que réserve la fonction d’autocomplétion. Entrez un mot clef, et Google vous suggère d’affiner votre requête par d’autres termes, qui sans doute figurent au plus haut des palmarès des recherches les plus fréquentes. Cela informe beaucoup sur ce que cherchent les « googlenautes » :

On voit que les sujets qui intéressent à propos de notre président sont d’une importance toute critique, a fortiori si l’on précise davantage :

Google permet également de connaître le nombre de pages qui référencent un terme. Pour en revenir à Hayek, on constate ainsi, grâce à l’indispensable site GoogleFight, que Salma fait couler beaucoup, beaucoup plus d’encre que Friedrich, et que, par conséquent, il faut peut-être croire nos éditorialistes annonçant la mort de la fameuse idéologie-ultra-libérale, qui attire franchement moins qu’un décolleté - mais quel décolleté !

L’intérêt philosophique de tout cela ? Il est évident : découvrir le philosophe le plus populaire de la toile ! Ainsi, on découvre que Kant surpasse largement Hume, le Prussien se payant même le luxe de dépasser Salma Hayek :

Seul le ciel des Idées de Platon paraît être en mesure de rivaliser avec les jugements synthétiques a priori de Kant - et encore, en ne les talonnant que très poussivement :

C’est pourquoi il faut organiser des combats organisés. Ainsi, le rapport de force entre Heidegger et Hitler va évidemment en faveur du Führer. Mais sur le terrain proprement philosophique du nazisme, si l’on oppose le bon Martin Heidegger, recteur de l’académie de Fribourg pendant les années sombres, si zélé qu’il parvenait à effrayer les nazis eux-mêmes, au docteur en philosophie Joseph Goebbels devenu alors ministre de la propagande, force est de constater que l’ontologie suscite bien plus d’interrogations :

Un autre outil merveilleux se nomme Google Trends. Il permet d’analyser les tendances (oui) quant aux termes que recherchent les internautes, en fonction du temps :

Ainsi, on voit que le succès de Kant est à nuancer. Alors que Hume est à peu près stable, ou en faible diminution depuis 2004, on constate en revanche que Kant est en crise depuis cette année qui marquait son apogée, sans doute liée à la célébration du bicentenaire de sa mort. Qui plus est, Kant est très cyclique. Il souffre davantage que Hume de la désertion d’Internet bien connue aux abords de l’été et de noël. Hume intéresse aussi bien à la plage qu’au moment de farcir la dinde.
Qu’en est-il de nos philosophes médiatiques ?

On constate que Glucksmann s’éteint lentement, comme une vieille braise sous ses cendres. Finkielkraut quant à lui, malgré tous ses efforts, reste bien en dessous de BHL. Saluons toutefois sa belle performance de 2005, où ses propos sur l’équipe de France « black-black-black » constituent sur sa courbe un Everest bien plus haut que celui de l’affaire Botul pour BHL. C’est que Finkielkraut ne parvient à dépasser BHL que ponctuellement, comme par exemple récemment avec ses commentaires au sujet, une fois encore, de l’équipe de France. En dehors de ces quelques fois, BHL reste sans conteste le philosophe contemporain le plus frappé, le plus tapé - et cela peut-être pas uniquement sur Internet.
January 22 2010
[www.endredi(t)] Une expulsée, de la chirurgie, Heidegger, des obèses, des suppositoires, une métamorphose, de l’islam, encore de l’islam, toujours de l’islam, un hétérosexuel et Brigitte Fontaine
Le vendredi, c’était le jour très œcuménique du poisson, du sabbat, et de la prière. Vendredi, c’était aussi le nom de cet hebdomadaire qui paraissait chaque semaine ce même jour, qui ne créait pas de contenu et se contentait de reprendre celui produit par les blogueurs en l’imprimant sur du papier, qui semble néanmoins rencontrer certaines difficultés depuis quelques mois.
Vendredi, ce sera désormais aussi le jour sur Morbleu ! d’une revue de web, où non pas une mais deux poignées de liens - car il y en aura 10, autant qu’il y a de doigts sur les deux mains chez la plupart des gens - seront proposés à nos lecteurs.
Ceci afin de mettre plus en lumière certaines choses créées ailleurs qui valent le coup et le coût, qui passent parfois par la soupe, mais n’attirent l’attention que trop furtivement. Mettons en valeur ce contenu d’une qualité qui parfois approche de celle que l’on trouve ici.
Pourquoi le vendredi ? En dehors de l’ambitieuse intention de faire concurrence aux institutions citées plus haut, simplement pour légitimement baptiser cette nouvelle rubrique par cet excellent mauvais jeu de mots cyber-postmoderne : www.endredi(t). Si nous avions été anglophones, nous l’aurions publié le mercredi, et appelé cela www.ednes(d)ay. Si nous avions été germanophones, nous aurions appris le français ou l’anglais.
En prime, un morceau de musique qui aura (prétendument) bercé la semaine.
Nous restons bien sûr à votre disposition pour tout commentaire, suggestion, proposition, ou, évidemment, insulte.
Cette semaine, dans www.endredi(t) : une expulsée, de la chirurgie, Heidegger, des obèses, des suppositoires, une métamorphose, de l’islam, encore de l’islam, toujours de l’islam, un hétérosexuel et Brigitte Fontaine.
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La vieille dame sans-papier − Une Camerounaise de 60 ans venue en France pour soigner une hépatite C, sans ressources, menacée d’expulsion car son état s’est amélioré et ne requiert plus de rester ici.
Une amputation réussie il y a 7000 ans, en Seine et Marne − Où l’on découvre qu’il y a 7000 ans, la chirurgie était aussi avancée qu’aujourd’hui, surtout en Seine et Marne. L’article ne dit pas si le Docteur Delajoux a fait ses classes dans ce département. Il aurait dû.
Jünger et Heidegger, de maisonnée à maisonnée − Apparemment, beaucoup de banalités échangées entre les deux auteurs dans leur correspondance. Ce qui me laisse penser que le jour où des éditeurs penseront à publier posthumement les conversations de chat échangées avec Luccio, nos lecteurs tomberont de haut et seront bien déçus. Mais on s’en moque, on sera morts et encore plus incroyants (surtout moi).
Air France : les gros moyens − Surtout parce que j’aime cette phrase : « Messieurs les terroristes ont beaucoup œuvré pour que les contrôles d’accès aux avions deviennent de plus en plus inquisitoriaux. » Reste que l’éventualité de faire payer aux obèses deux places au lieu d’une ne changera rien au problème, et même l’aggravera, puisqu’ils bénéficieront ainsi de deux plateaux repas.
L’explosif en suppositoire, nouvelle arme des islamistes − Cette article du Figaro redécouvert grâce à la page précédente (c’est fou l’Internet ! on clique sur un lien, puis un autre, et un autre, et encore un autre !), où l’on découvre que les terroristes utilisent désormais des explosifs en suppositoires. Hier la fouille au corps, aujourd’hui les rayons X, demain les laxatifs.
Tu peux rêver, j’ai droit d’agir − Car, malgré toute mon intelligence bien supérieure au commun, je ne comprends pas tout.
Documents sur les origines de l’islam − C’est un lecteur, dont j’ignore s’il est fidèle ou infidèle, qui m’a fait connaître ce site. Une grande masse de documents. J’ignore ce que cela vaut, je n’en ai encore effeuillé que quelques pages. À voir.
Vérité Valeurs & Démocratie − Page qui vaut surtout parce que je me suis étripé avec certains des autres commentateurs. Je suis un vaurien.
Intolérance Paracelsienne : à 90 % les musulmans actuels sont bêtes ! (et les desouches aussi) − Idem. Et sur le même sujet qui plus est. Je suis un incorrigible vaurien.
Mad Men et la précarité de l’identité hétérosexuelle − Réflexion très intéressante, sur fond de Judith Buttler, au sujet de la série Mad Men et de la mélancolie identitaire de son héros WASP.
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