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January 25 2011

19:03

Le calendrier positiviste d’Auguste Comte, désormais aussi disponible sous Android

Un beau jour de 1849, Auguste Comte, après avoir déjà fondé une doctrine philosophique promise à un certain succès (le positivisme) et une religion (le positivisme), créa un calendrier (également positiviste) destiné à célébrer les grands héros (positifs) de l’Humanité.

Qui était Auguste Comte ? Simplement l’un des plus importants philosophes du XIXe siècle. Le positivisme qu’il fonda pose que l’esprit humain et l’Humanité se sont progressivement émancipés de leurs différentes tutelles, cognitives et politiques, en passant successivement par trois états que sont les âges théologique, métaphysique et positiviste.

L’âge théologique, lui-même divisé en trois époques que sont les âges fétichiste, polythéiste et monothéiste, marque ce temps où l’Humanité fut en proie à une superstition terrifiante la laissant sous le joug des puissances occultes, puis des dieux, puis de Dieu. Mais l’Humanité n’en resta pas à cet assujettissement avilissant au théologique ; sa si précieuse raison lui permit en effet de s’en émanciper après une dure lutte, et, par l’abstraction, de basculer dans l’âge métaphysique où les êtres chimériques furent finalement chassés par la rationalité au profit de doctrines davantage plausibles et cohérentes. Hélas ! qu’est le Dieu de Descartes si ce n’est, n’en déplaise à Pascal, une chimère simplement plus raffinée que le Dieu d’Abraham ? L’Humanité ne pouvait en rester à ce stade, et celle-ci poursuivit sa route pour se jeter dans cet âge final qu’est l’âge positiviste, âge où elle n’apporte plus aucun crédit ni aux théologiens, ni aux philosophes, mais simplement aux savants et scientifiques : l’Humanité n’y cherche désormais plus à répondre au « pourquoi », mais simplement au « comment ».

C’est ce long cheminement historique parcouru par l’Humanité qu’Auguste Comte a voulu commémorer dans le calendrier positiviste qu’il créa, afin que les hommes puissent comprendre d’une manière claire ce qu’ils doivent au passé. Les grands hommes ayant permis à l’Humanité de progresser y sont en effet quotidiennement célébrés, dessinant ainsi un « culte concret de l’Humanité » destiné à préparer à un « culte abstrait de l’Humanité », où l’Humanité sera dès lors libérée de toutes ses enfantines superstitions.

Après avoir connu un relatif essor, notamment au Brésil (voir sa devise « Ordem e Progresso » inscrite sur son drapeau), le positivisme fut marqué par un déclin absolu. La France ne connait en effet guère plus qu’une seule Chapelle de l’Humanité, et les positivistes du Brésil doivent être encore moins nombreux que les kantiens de la Nueva Königsberg qu’avait découvert le grand Jean-Baptiste Botul.

Quelle erreur, quelle honte, quelle faute que l’Humanité oublie si injustement, et le positivisme, et Auguste Comte, et surtout tous les héros ayant permis à l’Humanité d’en arriver à ce degré si parfait d’avancement qu’elle connaît aujourd’hui !

Nous nous devions de réhabiliter le positivisme, tant décrié aujourd’hui. Et quoi de mieux pour célébrer le positivisme que d’utiliser ce que lui-même célèbre, c’est-à-dire la science, la technologie, l’Internet et la téléphonie mobile ?

C’est pourquoi, aujourd’hui, Morbleu ! est fier de vous annoncer qu’un calendrier positiviste célébrant le « culte concret de l’Humanité » (car la route est encore longue avant de pouvoir nous estimer dignes du « culte abstrait ») est désormais disponible pour tous vos smartphones ayant l’honneur d’utiliser Android !

Ce calendrier vous permet d’accéder à la liste complète de tous les grands noms ayant fait l’Humanité, et, d’un simple clic, d’obtenir une courte biographie (fournie par Wikipédia http://fr.wikipedia.org) de ceux-là. Bien plus : cette application, le « calendrier des philosophes », vous permet d’ajouter un astucieux widget et des notifications providentielles sur votre home Android, ceci afin de découvrir chaque jour très simplement le grand nom à commémorer. Et puisque tout positivisme se doit de viser évidemment l’universel, le calendrier est également disponible en anglais.

Ainsi, grâce à Morbleu !, démarrez cette nouvelle année de manière positive !

Pour télécharger l’application, allez dans l’Android Market, et cherchez : « Calendrier Philosophique » ou bien « Philosopher’s Calendar » − selon que vous soyez sur un mobile francophone ou anglophone. Peut-être mêm

Cultivez-vous chaque jour tout en vous amusant, en découvrant quotidiennement et pieusement tous ceux à qui vous devez votre si précieux monde postmoderne adoré ! Aidez-le positivisme à amorcer son si attendu retour en colonisant vos smartphones et autres tablettes par ce calendrier ! Et n’hésitez pas à nous faire part de vos appréciations : nous devons au moins tous cela à Auguste, et à tous ces grands noms de l’Humanité.

Meilleurs vœux, donc, en ce Jeudi 25 Moïse 223 (jour de Salomon et David), et une excellente santé philosophique : cette année 223 réservera, soyez-en sûrs, encore bien d’autres surprises.

PS : puisqu’il faut toujours rendre à César ce qui lui appartient, signalons donc que c’est à Phersv que nous dérobâmes cette grandiose idée de réhabiliter le calendrier positiviste d’Auguste Comte.


Calendrier positiviste

Auguste Comte. Fata Morgana 1993, Broché, 64 pages, € 10,97

July 19 2010

12:52

À tous nos morts

De passage à Paris dernièrement, je visitais mes amis vivants. J’en profitais également pour saluer nos morts qui reposent au Père-Lachaise et à Montparnasse, qui parfois nous entourent bien mieux que certains vivants. À ce propos, je suis toujours à la recherche de Lyotard et de Proudhon, que je n’ai pas trouvés. Fuiraient-ils ?

Au Père-Lachaise, j’étais tout d’abord heureux de tomber sur Auguste Comte, décrit ici comme « le fondateur de la religion de l’humanité. » Il parait que l’on vient du Brésil jusqu’ici : d’où pensez-vous que vient la devise écrite sur le drapeau ?

Alors que je cherchais vainement Jean-François Lyotard, je tombais sur cet autre héros postmoderne qu’était Jim Morrison. Pour lui aussi, paraît-il, on vient du Brésil.

Antoine Parmentier est enterré au milieu des patates. Il se murmure que certains lui en amènent depuis le Brésil.

La Fontaine et Molière se font face. On imagine les dialogues.

Marcel Proust a désormais l’éternité pour retrouver le reste du temps perdu.

Voici tout ce qu’il reste du libéralisme en France : un vestige. Celui de l’homme qui osa défier Kant au sujet du « prétendu droit de mentir par humanité. » Pour Benjamin Constant, la dénonciation n’était pas un devoir républicain.

Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir ne pouvaient quant à eux pas être enterrés rive droite. Ils ne pouvaient être qu’à Montparnasse, à quelques arrêts de métro du « Café de Flore », où le prix du demi de bière est de 9 EUR en terrasse.

Pas très loin se trouve Charles Baudelaire. Très sobre, pour une fois.

Et à côté, après avoir considéré « les faits sociaux comme des choses», Émile Durkheim compte les cailloux, et les considère peut-être comme des faits sociaux.

Alexandre Alekhine continue-t-il de jouer aussi joliment sur cet autre marbre ?

Serge Gainsbourg, dont un square porte désormais son nom, est désormais « dans un grand trou où il n’entend plus parler de trous. »

Cesar est quant à lui toujours aussi impérial.

La tombe de Cioran m’a beaucoup déçue. Pour quelqu’un qui a passé sa vie à se plaindre d’être vivant, on s’attendait à autre chose. Au moins aurait-il pu avoir l’audace d’être enterré seul ! La vie et la mort des philosophes est souvent une étape incontournable pour juger de la valeur de leur philosophie.

Beckett, que Cioran admirait, ne fait guère mieux.

Ionesco, cet autre Roumain, ami de Cioran, fut quant à lui plus fantasque.

Toujours modeste, Raymond Aron se cache dans un coin parmi d’autres. Dans le cimetière, il est presque à l’exact opposé de là où se trouve Sartre : une grande rue les sépare. Mais ils sont tout de même dans le même cimetière. (Signalons au passage qu’il n’est pas mort du sida, contrairement à ce que prétend avec ténacité une certaine rumeur.)

Bientôt, promis, nous reviendrons de vacances avec des billets moins touristiques.


Au Père-Lachaise

Michel Dansel. Fayard 2007, Broché, 381 pages, € 23,75

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