About
http://www.morbleu.com/
Accounts
Click here to check if anything new just came in.
August 25 2010
Un tollé rance (titre digne d’Achille Talon)
Oscar vous a déjà parlé du premier long-métrage de l’histoire du cinéma : A birth of a nation (La Naissance d’une nation), de D.W. Griffith, que je n’ai pas vu. En revanche, j’ai vu l’autre grand film du cinéaste, Intolerance : Loves’ Struggle troughout the ages (Intolérance : la lutte de l’amour à travers les âges). C’était il y a quelques années – à l’âge où on peut enfin acheter de la bière aux USA. C’est même à l’occasion de ce film que j’ai croisé l’histoire. Peut-être que ce film ne fut que l’occasion d’un sentiment appelé à naître chez le brillant esprit que je suis et que j’étais. Mais dire comment il le fut pourrait aider quelques bourrins à progresser comme j’ai pu le faire.
Auparavant, bien que doté d’une culture historique suffisante pour ne pas subir d’affront en société, j’avais un problème avec l’histoire. Au fond, de De Gaulle à César (ou de Napoléon à Thémistocle, pour faire plus savant [1]), tout faisait partie d’un même espace vaguement différencié : le passé. Les rois maudits y croisent Jeanne d’Arc et Robespierre, et Charlemagne y côtoie Hugues Capet (attention, il y a un piège). Depuis j’ai changé, et regrette davantage mes diverses lacunes (notamment sur la Révolution et le XIXème siècle[2]). Mais plus profondément, j’ai conscience, ou crois avoir conscience, que le temps a passé, que des gens ont existé. Et ce sentiment, qui risque de me transformer en contempteur des traditions, a germé à l’occasion de Intolerance.
Griffith aurait réalisé ce film afin de montrer qu’il n’est pas le méchant raciste que certains l’ont accusé d’être après la sortie de Birth of a nation. Victime de la cabale, il présente des exemples de ce que l’intolérance a pu provoquer dans le monde. Cela à travers 4 histoires dont les présentations s’entrecoupent : la chute de Babylone, la fin de la vie de Jésus (de la trahison de Judas à la crucifixion), le massacre de la Saint-Barthélémy et une histoire contemporaine à la production du film.
La passion du Christ à part, les histoires partagent la même structure : après une présentation des personnages, un(e) amoureux(amoureuse) cherche à sauver quelqu’un d’un malheur. Une jeune fille s’escrime à sauver Babylone, un Parisien catholique chercher à retrouver la famille de sa fiancée huguenote pour la protéger, et une jeune mère essaye de sauver le père de son enfant, condamné injustement à la potence – ou à la chaise électrique, je ne sais plus. Du croisement de ces trois histoires ressort un certain suspens. On sait que Babylone va tomber, on se doute que la famille protestante ne va pas sortir en forme de la Saint-Barthélémy, mais on ne sait pas si la jeune mère va pouvoir prouver l’innocence de son mari avant son exécution – en fait si elle va réussir à amener à temps la grâce du juge (ou du gouverneur) à la prison. Puis on voit Babylone tomber, le fiancé arriver dans une maison vide de toute vie (je ne sais plus si les cadavres y sont ou non), et la jeune mère… suspens.
Cette utilisation du montage des situations en parallèles de façon trans-historique a transformé un événement passé et gravé dans le marbre en événement présent en train de se dérouler. Poussé par la tension de la situation contemporaine (la mère et la peine de mort), j’en suis donc venu à espérer que Babylone résiste et que les Protestants s’en sortent, comme si l’histoire n’était pas écrite – peut-être aussi parce que je confondais les actrices de la jeune mère et de la jeune fille qui veut sauver Babylone.
Avec Intolerance, j’ai vu l’histoire se dérouler comme l’intrigue d’un film que je ne connais pas. Il y aurait de la place pour quelques finasseries du genre « tout est en fait écrit par le réalisateur », mais ce serait de mauvais goût. L’histoire a eu un goût de présent, et le passé a pris un autre sens : il n’est plus une somme se savoirs, mais une somme de moments présents. C’est ainsi que j’ai rencontré l’histoire – la somme des vies vécues, non pas le déroulement d’un système.
Pourtant il est possible que je doive encore progresser. Vous pouvez le constater, l’histoire a pour moi le poids qu’une fiction : j’aime Henri IV un peu comme j’aime Terence Hill dans Mon nom est personne[3]. Peut-être que je suis plus ému quand je pense à Henri IV, plus sensible à l’histoire, mais ce n’est pas gagné. Mais peut-être n’ai-je pas à progresser.
L’histoire et la fiction pourraient en fait être deux moyens d’échapper à l’appréhension du monde par la raison ; deux moyens qui bénéficieraient d’un même ressort : « la part Rimbaud« , comme la nomme Romain Gary dans La Nuit sera calme. L’imaginaire pourrait être une part nécessaire à la vie de l’homme, une part qu’il ne faut pas oublier – ce que ferait impudemment Foucault (et pan ! dans les dents Oscar). Les romans auraient ainsi autant d’importance que la vie vécue, puisqu’il nous faut imaginer[4]. Alors la conscience historique accompagnerait la conscience littéraire. Sans doute faudrait-il distinguer histoire et littérature. L’histoire pourrait être le lieu d’imaginations plus faciles car on s’identifie plus aux protagonistes, probables ancêtres. On pourrait alors imaginer que l’histoire prête le flanc à des sentiments plus grossiers que ceux que propose la littérature, comme dans le cas du nationalisme (attention, j’imagine le truc grossier façon 14-18 ou 39-45, y’a moyen de trouver des nationalismes plus fins, des sortes de patriotismes[5]). Mais le sentiment nationaliste n’est peut-être pas un sentiment historique. Ce serait plutôt un sentiment littéraire grossier devant un personnage qui nous ressemble, un mélange de mauvaise histoire et de mauvaise littérature. Ainsi, bien que leurs objets (faits historiques et produits de l’imagination) diffèrent, il semble difficile de distinguer la conscience littéraire et la conscience historique sous ce genre commun de la part Rimbaud.
L’histoire serait un genre particulier de la fiction : celle qui s’est vraiment déroulée, et Intolerance un genre particulier du film : celui qui vous montre que l’histoire s’est vraiment déroulée (c’est aussi un film un peu long).
_____________________________
[1] Si vous ne voyez pas pourquoi c’est plus savant, c’est que nous ne partageons pas les mêmes valeurs. Je suis un cuistre vaniteux.
[2] J’imagine qu’ils y sont pour beaucoup dans la création de nos catégories de pensée (idée dont je ne revendique pas la paternité, elle me semble aussi vieille que l’idée de la révolution industrielle) [SCOOP !]
[3] Qui a vu le film peut remarquer que cet exemple n’est pas si mal choisi, ça fait presque mise en abîme.
[4] On pourrait même penser que celui qui lit et écrit a une vie aussi riche que la baroudeur ; mais comme dirait quelqu’un qui se reconnaîtra : ce que je dis là pourrait être raisonnable si j’étais moi-même raisonnable.
[5] « Le patriotisme c’est l’amour des siens. Le nationalisme c’est la haine des autres » Gary, Education européenne
August 03 2010
Inception, blockbuster philosophique
En ces temps de frondes anti-psychanalytique, voilà qui ne va pas plaire : Inception est un film que l’on pourrait qualifier de freudien. Il y est en effet question d’inconscient, de rêves, de secrets, de refoulement et de relation œdipiennes.
Le héros d’une oeuvre d’anticipation ou de science fiction n’est généralement pas un personnage. Il s’agit bien plutôt d’une idée . Il s’agit d’admettre l’existence de celle-ci à titre d’hypothèse et de la faire vivre, de l’exploiter et de la développer jusqu’à en toucher les limites. C’est ce que réussit plutôt bien Inception − il paraît que le réalisateur Christopher Nolan a travaillé son idée pendant plus de dix ans.
Quelle est l’idée ? Qu’il est possible de pénétrer l’esprit d’un individu pendant son sommeil, pendant qu’il rêve, afin de l’explorer et d’y voler (« extraire »), justement, les idées qu’il renferme. Technique à laquelle les héros du film sont rompus. Mais cela se corse lorsqu’il s’agit, non plus de voler une idée à un esprit, mais au contraire de lui en faire admettre une qui lui était étrangère (procédure en laquelle consiste l’« inception »).
Quelle est l’intrigue principale (qui, finalement, est bien secondaire) ? Le monopole d’une société énergétique, qui doit être rompu (par un jeu d’alliances, cela permettra au héros de retrouver ses enfants : il y est pour ainsi dire forcé). Afin d’y parvenir, il s’agit de faire admettre à l’héritier du groupe, après la mort de son père, qu’il doit démanteler celui-ci.
[There is a video that cannot be displayed in this feed. Visit the blog entry to see the video.]
Comment procéder ? En intervenant sur la représentation qu’a celui-ci de sa relation « père-fils ». En lui faisant admettre au final qu’il lui est nécessaire de « tuer le père » bien qu’il soit déjà mort, afin de vivre de ses propres ailes, de faire ses propres expériences, de vivre en son prénom et non plus seulement en son nom, de ne pas se contenter de poursuivre et préserver l’œuvre de son père, qu’il lui faudra peut-être bien saborder.
Cette idée œdipienne réside au plus profond de l’esprit du sujet. Il s’agira, à la manière de la psychologie des profondeurs, de descendre au plus loin dans l’inconscient de la cible pour la trouver et agir dessus. On n’explorera pas simplement le rêve de la victime (niveau 1), mais le rêve qu’elle fait lorsqu’elle rêve (niveau 2), et même le rêve qu’elle fait lorsqu’elle rêve qu’elle rêve (niveau 3), pour se retrouver finalement au plus profond : dans les limbes, qui est, dans le cas présent, ce rêve sans issue auquel on accède suite à la mort au rêve niveau 3. Cette longue descente spéléologique dans les grottes de l’inconscient de l’héritier est également l’occasion d’explorer le refoulement qui structure le grand héros, Cobb, joué par Leonardo DiCaprio, et de se poser les questions désormais classiques en philosophie : quelle différence entre le rêve et la réalité ? doit-on sortir de la caverne de Platon ? est-ce que je suis si je pense ? − et bien d’autres.
Bien qu’imprégné de théorie freudienne, le film n’en est pas pour autant surréaliste. Nolan n’est pas Dali : l’œuvre n’a sans doute pas été réalisée en laissant libre cours à l’inconscient du réalisateur ; le film n’est pas le lieu où, de la conjugaison du rêve et de la réalité, surgit une surréalité. Si surréalité il y a, elle est dans celle que créent les personnages en rêvant, où plusieurs niveaux de rêves sont imbriqués, où, comme dans les tableaux de Dali, les codes sont freudiens et les secrets cachées dans des tiroirs.
Diffusé en été au milieu d’autres blockbusters, Inception emprunte habilement au genre. À la manière de Matrix, qui est aussi le récit d’une idée, Inception utilise les codes narratifs du film d’action et du kung-fu, en usant évidemment d’effets spéciaux sans aucun doute novateurs, comme naguère Matrix avec le désormais célèbre bullet time. Au final, Inception est un film d’action pour intellectuels : un blockbuster philosophique. Ce que prétendait être également le très médiocre Avatar, qui échouait lamentablement en se contentant de raconter Pocahontas : Inception, lui, y parvient.
February 12 2010
[www.endredi(t)] Retour sur l’affaire Bernard-Henri Lévy contre Jean-Baptiste Botul, un site de rencontres et Gainsbourg
Notre semaine fut principalement marquée par trois choses : l’affaire Bernard-Henri Lévy contre Jean-Baptiste Botul, un site de rencontres et Serge Gainsbourg.
Concernant le premier point, remarquons tout d’abord qu’il existe un site partisan de notre « nouveau philosophe », lequel est cependant désormais de moins en moins jeune : La Règle du jeu. En effet, comme on peut le découvrir en cherchant un peu, le directeur n’est nul autre que Bernard-Henri Lévy, et l’un des conseillers Jean-Paul Enthoven, entre autres père de son ex gendre. Dès lundi et le début de la polémique, on y retrouvait en avant première le « bloc notes » de BHL paraissant habituellement dans Le Point en fin de semaine, où il prenait le parti d’en rire, de reconnaître s’être fait piégé : Vive Jean-Baptiste Botul !
Puis, tout au long de la semaine, le site répertoria les différentes réactions de soutient à BHL : Jean Daniel soutient BHL, Christophe Barbier soutient BHL, Fernando Arrabal soutient BHL. Plus la réaction de BHL sur Europe 1, la longue hagiographie indigeste de Christine Angot et surtout la révélation, le scoop, le buzz : que Libération a fermé pas moins de trois forums (sûrement plutôt des sujets ?) sur cette affaire, soi disant parce que les commentaires n’étaient rien d’autre qu’insultants, voire antisémites. Oui. Etant fermés, on n’a malheureusement pas pu vérifier ce qu’il en était vraiment.
Concernant cette affaire, on ne trouvera sur ce site que des apologétiques. Ce qu’on ne peut évidemment pas lui reprocher. Il s’agit du site de l’auteur : si lui-même ne se défend pas, qui le fera ?
En revanche, on remarquera, et on saluera les modérateurs. Quoique tous les articles soient à sens unique, il arrive en effet que l’on trouve au détour d’un commentaire de lecteur des critiques parfois acerbes. Or, cela ne va pas de soi de les autoriser. L’équipe entourant Vincent Peillon censurait soigneusement tous les commentaires déposés sur le blog de l’intéressé pour ne laisser filtrer que ceux foncièrement positifs. Uniquement des dizaines de commentaires loueurs quant au lapin qu’il posa à Arlette Chabot, ce qui produisait l’effet d’une troublante et douteuse unanimité de l’opinion, que l’on ne trouve en général aussi univoque que dans les pays totalitaires.
On a déjà dit ailleurs ce que l’on pensait de cette affaire (celle de BHL, pas de Peillon). Errare humanum est, perseverare diabolicum : que BHL fut trompé par ce texte si bien fait n’est pas condamnable en soi ; ce qui l’est, c’est que tous les mécanismes sociaux prémunissant usuellement de telles erreurs furent mis en échec. La responsabilité est moins à imputer à BHL qu’à son fameux réseau - dont il est cependant en grande partie responsable - qui propagea cette formidable erreur sans la réfuter.
On y reviendra donc pas. Passons plutôt au second sujet qui nous intrigua cette semaine. Il s’agit du site de rencontres OkCupid. Celui-ci fut fondé par des mathématiciens/statisticiens sur un principe de questions/réponses à la conception desquelles les utilisateurs sont pleinement conviés. Ces questions sont d’une très grande diversité quant à l’objet. Elles peuvent porter aussi bien sur des questions sexuelles que sur des problèmes d’hygiène, de société, de politique. Le site se charge ensuite de mettre en relation les personnes ayant répondu aux mêmes questions et partageant le plus d’affinités.
L’essentiel n’est pas là. Il est dans ce que les concepteurs du site sont par suite capables grâce aux données entrées par les utilisateurs d’extrapoler sur le comportement des utilisateurs. Pas seulement quant à l’utilisation du site, pas non plus uniquement quant à leur habitudes amoureuses, mais sur l’ensemble des sujets auxquels chacun a répondu. Là où les instituts de sondage peinent à obtenir quelques milliers de personnes pour composer un échantillon, là où les sondeurs sont parfois amenés à payer les candidats pour qu’ils conçoivent de participer à une enquête, là où la patience des sondés est bien souvent mise en défaut, OkCupid parvient à fonder ses résultats sur des millions de réponses, à recruter des utilisateurs presque prêts à payer pour répondre, où ces derniers nourrissent un semblant d’addiction quant à ces questionnaires.
Ce site réalise le rêve du chef du service marketing, tout comme celui du sociologue. Disposer d’échantillons gigantesques sur les habitudes des individus, construire des profils types de différents sujets : analyse quantitative et qualitative. Il fallait avant contraindre et amadouer pour que les individus veuillent bien se prêter à ce type de recherches ; ils courent désormais volontiers vers ces programmes - quoique amadoué aussi par l’hypothétique âme sœur n’attendant que d’être trouvée.
Je n’épiloguerai pas de manière creuse sur le risque panoptiqual d’un tel dispositif où les individus construiraient peut-être aujourd’hui de bon cœur le savoir qui sera utilisé demain par le pouvoir pour mieux les contraindre. Je l’aurais fait il y a quelques mois ; mais j’ai muri - ou bien alors je suis devenu aveugle.
Je signalerai simplement quelques articles du blog où l’équipe de ce site donne certains résultats très intéressants, à la fois en ce qu’ils enseignent du comportement humain et de ce qu’ils laissent présager quant au futur profilage des individus permis par cette technologie ainsi que d’autres : How Your Race Affects The Messages You Get, How Races and Religions Match in Online Dating, Death, Freedom, and Cold Winters. Je ne pense pas que le site monnaye encore ce type de résultat. Ce serait cependant une voie possible quant au modèle économique qu’il pourrait emprunter plus tard, le service étant encore entièrement gratuit.
Bon week end et bonnes lectures à tous. Je vous laisse avec la Marseillaise de Gainsbourg, non pas celle en reggae, mais celle chantée a cappella face aux parachutistes. À ce propos, allez voir le film de Joann Sfar. Il est très bon.
[There is a video that cannot be displayed in this feed. Visit the blog entry to see the video.]
Maybe Soup is currently being updated? I'll try again automatically in a few seconds...




