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July 05 2015

17:40

Du combat pour l’émancipation féminine en grammaire et dans les clips

Richelieu, créateur d’instituts paresseux et rétrogrades.

Contexte : depuis quelques temps, Oscar Gnouros me fait lire de drôles d’articles, comme celui- ou celui-ci. Des articles où la considération intéressante côtoie le dogmatisme le plus furibard. Nul doute que le créateur et auteur principal de Morbleu s’amuse à réfléchir à embêter son principal collaborateur. Savez-vous qu’il écrit des trucs du genre « Cher-e-s tout-e-s » ? Voilà pourquoi je m’autorise à publier ici cette petite chose, pour me calmer un peu. La guerre du neutre n’aura pas lieu.

Que regarder les clips s’avère plus efficace qu’on ne le croit !
Un girls band « Give it to me, I worth it ». J’étais trop occupé à contempler les filles, jusqu’à voir débarquer le rappeur, exhibant d’affreux chicots et filmé de trois quarts, nous révélant combien il est animal et ghetto, pauvre et ambitieux (ces deux derniers adjectifs sont sans doute déjà trop doux et très faux). Il portait une casquette, et quand j’étais petit c’était un bandana rouge. Une demi-seconde lui suffit pour me sortir de ma léthargie de désir, enfin semi-léthargie, car naturellement je comparais les filles, me disant qu’il doit y avoir des styles pour séduire le populo américain, et notamment celui de la petite latino américaine qui continue de m’échapper. NRJ Hits annonçait une soirée « Teen Pop » en lien avec ce clip, et je doutais sérieusement que ces jeunes femmes furent encore des teens, et espère encore qu’elles n’en sont pas. Et là, plus fort que des jeunes femmes servies comme modèles à des ados, sommet dégoûtant d’une décadence qui jusque-là m’agréait plutôt : le rappeur ! que précédait un plan pseudo-subliminal « feminism is sexy ».

Putain ! Les filles, le féminisme, le rappeur. C’est comme les théodicées : la toute-puissance, la bonté, le mal sur Terre : cherchez l’erreur. Si Leibniz pensait l’histoire, un mal pour un bien plus grand, et sans doute la survie de l’âme, que faire de ce clip ? C’est simple : regarder les décors. Chacune des cinq filles apparaissait dans un cadre personnalisé (plutôt classique dans ce genre de groupes, mon chouchou étant le petit film où chacun des One Direction s’affaire à séduire la caméra en POV, à achque fois selon un type différent de virilité « urbaine », avant de se révéler être un Don Juan un brin mytho, c’est rigolo – si mon vrai préféré fut Lady Marmelade). Ma favorite était une brune sur décor rose, les cheveux tirées en arrière, et peut-être armée d’une cravache. On avait planté un bel homme métro-sexué dans le décor, comme en cire et mis sous cellophane. La latino-américaine dansait sur un fond sombre, devant un bureau et un type assis au bureau. C’était son bureau au type, mais vu la danse de la dame, c’était devenu son bureau à elle, j’veux dire ! Il y avait deux Noires. Une faisait la panthère sur un piano, et l’autre affichait un rouge à lèvres très très rouge. Enfin une brune se tenait dans… une voiture. Je divaguais… C’était au réveil aussi. Apparut alors le rappeur, dans un couloir d’immeuble de bureau, qui remit LA philosophie la tête à l’endroit, du moins dans ma tête à moi. Les mecs des décors plaisent certes aux filles (qu’en est-il du rappeur?), mais les filles du band plaisent aux hommes. C’était à peu près tout sauf du féminisme.
Toutes ces lignes pour résumer une seconde d’esprit. Sans doute ne le valent-elles pas. Mais la vérité s’imposa avec force : la domination du masculin n’est pas dans la prédominance du neutre.

Jacqueline de Romilly. Si j’avais autant de culture que de paresse, je connaîtrais son avis et m’y plierais.

La grammaire n’est pas l’ennemi des femmes du monde, ni des trans ou des hommes. Mais parions ! Parions que la lutte contre la prédominance grammaticale du masculin produira ses effets ailleurs, selon les règles obscures mais évidentes d’un grand karma du monde… pardon, de la lutte archéo-généalogique contre la Domination, que vous toucheriez au cœur, tel le Hobbit jetant l’anneau dans le volcan. Oui, ces inepties militantes vont directement sauver les enfants ! Et mes quelques lignes ne font que soulager mon esprit de vos bavardages, dont je suis très persuadé qu’il nuisent à l’alphabétisation, et à quelques possibilités d’émancipation.

Chers amis, mes ami-e-s, préoccupez-vous plutôt d’alphabétisation ou d’orientation. Au mieux vos leçons de grammaire sont celles de professeurs préparant toute une classe d’âge aux mentions « Très bien », en oubliant d’apprendre d’abord à produire du passable. Au pire, on pourrait vous accuser d’égoïsme, d’incarner à votre tour la volonté de puissance, de prendre plaisir à dominer dans le monde bavard qu’est le vôtre – j’oserais dire un monde sans œuvre véritable, où Baudelaire est un macho, Gary un vieux beau, et Lino un type gentiment ringard ; un monde bien terne dont l’esthétique mérite amplement d’être révolutionnée à chaque humeur du temps. L’universitaire lutte pour avoir sa place dans le champ universitaire, avec des moustaches et l’histoire du neutre. Mais les pauvres… c’est au moins aussi chiant que les gosses.

J’aime bien créer des méchants ; voilà quelqu-e-s militant-e-s devenu-e-s complice-s et servant-e-s de la Domination. M’enfin, il me fallait bien exorciser ce rappeur.

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img: embedded image

February 16 2014

13:16

Malaise dans la culture. Éloge de la superficialité

Michel OnfrayDernièrement, je songeais un peu naïvement à la méthode que Michel Onfray préconise en philosophie. Selon un certain nietzschéisme, étudier l’homme à partir de l’œuvre, et lire l’œuvre complète. Je songeais même à appliquer cette même méthode à Michel Onfray, d’une façon toute réflexive. Mais en fait, il est possible que j’abandonne le projet assez tôt.

En effet, il y a trop, trop pour un seul homme. À ce jour, dimanche 16 février 2014, Michel Onfray a publié, à en croire la recension sur Wikipédia, 72 livres. Si j’avais le temps, j’essaierais de comptabiliser très précisément le nombre de pages. Certains de ces ouvrages n’en comportent qu’une cinquantaine. D’autres plus de 600. Au total, donc, entre 3 600 et 43 200 pages. En faisant les choses consciencieusement, autour de 5 minutes par page, il faudrait compter entre 18 000 et 216 000 minutes. Soit, en comptant 35 heures de lecture continue par semaine, entre 9 et 21 semaines. Coupons la poire en deux : 15 semaines.

Il y a trop, trop pour un seul homme. Car à ceci, il faut ajouter la fameuse « discographie », digne d’un Johnny. 20 volumes de « Contre-histoire de la philosophie » à l’Université populaire de Caen. À chaque volume, 13 CD en moyenne, d’une durée de certainement une heure chacun. Soit 260 heures, et 8 semaines supplémentaires. En somme, 24 semaines, soit près de 6 mois à ne faire que cela.
Ceci constitue une bonne stratégie d’immunisation contre toute attaque, dont je ne saurais dire si elle est consciente ou pas :

Onfray : N’est légitime une critique qu’à condition qu’elle ait fait une revue complète de ce qu’elle prétend révoquer.
Un critique : Puis-je vous critiquer ?
Onfray : Bien sûr, mais avez-vous parcouru l’ensemble de mon œuvre ?
Un critique : Hélas ! J’ai peur que mon patron ne m’autorise pas à prendre un congé sabbatique à cette fin.
Onfray : En ce cas, attendez votre retraite. Vous aurez sans doute plus de temps, et vous en aurez besoin, car mon œuvre complète aura sans doute encore doublé d’ici là.

Même Voltaire, même Diderot, même Kant, ni peut-être même Husserl, ni Hegel n’ont été aussi bavards. Il faudrait comparer. Supposons que chaque grand philosophe représente un volume d’étude aussi conséquent que Onfray. Cela laisse donc, à plein temps, le temps d’étudier 2 grands auteurs par an. Avec une espérance de vie de 80 ans, en s’y prenant tôt dès la sortie de l’âge de raison, ou un peu après, vers 15 ans, cela laisse la place pour 130 auteurs − moins que ce que comportent la plupart des listes d’amis sur Facebook, mais il faut choisir ses fréquentations.

Marcel ProustFaisons confiance aux institutions : le programme de philosophie de classes terminales reconnaît déjà une soixantaine de philosophes. Platon ; Aristote ; Épicure ; Lucrèce ; Sénèque ; Cicéron ; Épictète ; Marc Aurèle ; Sextus Empiricus ; Plotin ; Augustin ; Averroès ; Anselme ; Thomas d’Aquin ; Guillaume d’Ockham ; Machiavel ; Montaigne ; Bacon ; Hobbes ; Descartes ; Pascal ; Spinoza ; Locke ; Malebranche ; Leibniz ; Vico ; Berkeley ; Condillac ; Montesquieu ; Hume ; Rousseau ; Diderot ; Kant ; Hegel ; Schopenhauer ; Tocqueville ; Comte ; Cournot ; Mill ; Kierkegaard ; Marx ; Nietzsche ; Freud ; Durkheim ; Husserl ; Bergson ; Alain ; Russell ; Bachelard ; Heidegger ; Wittgenstein ; Popper ; Sartre ; Arendt ; Merleau-Ponty ; Levinas ; Foucault. Il faudrait rajouter les absents : Deleuze, Baudrillard, Derrida, ou Voltaire, par exemple. Et comme un peu de culture ne fait pas de mal, il conviendrait d’ajouter les Proust, Flaubert, Balzac, Zola, Hugo, Céline, et peut-être, pourquoi pas, des auteurs étrangers : Goethe, Shakespeare, Cervantès, Homère, Sophocle et les autes. Encore aussi des Braudel, Bourdieu, Lévi-Strauss, Mauss, mais aussi des Einstein, Newton et Galilée. Liste non-exhaustive.

Vraiment trop pour un seul homme. Il paraît que Montaigne, Pic de la Mirandole, et peut-être encore Descartes, furent les derniers à parvenir à lire à la fois tout ce qui était publié avant eux, mais également tout ce qui était publié de leur vivant. J’ai peur que, depuis, il nous faille faire le deuil de la culture encyclopédique, minutieuse, complète et exhaustive. Notre finitude nous impose de faire des choix, d’embrasser certaines choses, de renoncer à d’autres.

Il en est de la culture, de la compréhension d’un auteur, d’une tradition, d’un courant de pensée, comme il en est du problème de l’induction. Comment prouver définitivement l’affirmation « Tous les cygnes sont blancs » ? Très simple : recenser tous les cygnes de France et de Navarre pour contrôler s’ils sont effectivement blancs ; mais aussi chercher peut-être en Australie s’il n’y en a pas certains que l’on aurait omis ; probablement aussi chercher aux quatre coins de l’espace afin de déterminer s’il n’y en aurait pas sur une planète non encore visitée ; puis revenir aussi sur ses pas pour voir si d’autres cygnes ne seraient pas apparus entre temps.

En somme, une tâche sans fin. Il y a une impossibilité pratique, voire logique au contrôle complet de ce que l’on affirme, qui nous impose de renoncer à ce projet. C’est pourquoi Karl Popper inverse le problème. L’affirmation « Tous les cygnes sont blancs » ne peut être définitivement prouvée. Elle n’est en fait qu’une hypothèse, une théorie, une supposition, admise comme vrai, jusqu’à preuve du contraire.
Il en est de même avec la culture. Impossible de se faire une idée de la culture dans son ensemble en ayant un regard exhaustif sur son intégralité : on ne peut pas tout contrôler. Impossible même peut-être de se faire une idée sur un auteur en lisant tout son œuvre. Hormis certains cas, tels que Héraclite ou Marc-Aurèle, le travail serait infini ; et même pour les auteurs laconiques, comment affirmer que les quelques lignes laissées sont représentatives de leur pensée ? Il en est un, le bon Socrate, qui n’a jamais écrit, et qui pourtant a réussi le tour de force, encore aujourd’hui, de diviser les plus profonds esprits sur le sens de ce qu’il a bien pu dire.

Muenchhausen_Herrfurth_7_500x789Nous sommes ainsi condamnés, avec la culture et la lecture, à la seule formulation d’hypothèses, sans pouvoir les vérifier totalement. La superficialité est notre seule issue. Penser qu’un savoir définitif peut être atteint en ce domaine est une illusion semblable à celle qui guide le fondationnalisme en science, qui jette l’esprit dans les limbes des trilemmes, qu’ils soient de Fries ou de Münchhausen. Contentons-nous donc de plonger dans nos livres les pilotis de nos théories uniquement jusqu’à la profondeur nécessaire pour le besoin du moment. Et surtout, cherchons moins à prouver une interprétation de lecture qu’à réfuter les autres.

Les fondationnalistes de la culture, les prosélytes de l’érudition, protègent leurs affirmations en élevant le coût du ticket d’entrée, jusqu’à ce qu’il soit suffisamment haut pour que personne n’ose en acheter : il faut tout lire avant d’être institué critique légitime, soit que l’on cherche à se former un avis sur eux, ou bien un avis sur ce sur quoi ils en ont un. Enfermés dans leur bibliothèque composée de leurs seuls livres, ils peuvent avec satisfaction crier du haut des fenêtres de ces tours d’ivoire à ceux restant à l’extérieur : « j’ai raison, et que l’on me prouve le contraire en m’écoutant de bout en bout ». Hélas, les seuls en étant capables sont sans doute ceux ayant le temps et la patience, s’ennuyant suffisamment pour tromper leur langueur en délaissant la vie réelle, en se réfugiant dans l’Arrière-monde de l’érudition de la culture humaniste encyclopédique, situé dans les sombres bas-fonds des bibliothèques. Les autres préférant sans doute, et pour le coup en vrais nietzschéens, les douceurs de la gaya scienzia : la superficialité, synonyme de joyeuse légèreté − laissons la lourdeur de l’érudition aux esprits chagrins.

Reposted bycheg0002mydafsoup-01

January 16 2014

10:34

Quenelles sauce poppéro-rawlsienne : faut-il tolérer l’intolérable ?

affiche-de-la-liste-anti-sioniste-de-dieudonneVoilà plusieurs semaines que la France se pose l’importante question d’accepter ou pas les quenelles dans son régime alimentaire. À Morbleu !, en bons Lyonnais, on ne pouvait rester sans réagir face à ces discussions qui placent au centre du débat un élément fondateur de notre civilisation, certes régionale, mais qui prétend toutefois, comme toutes les cultures, à l’universalisme.

À ce sujet, les choses les plus justes me paraissent avoir été écrites par Harold Bernat sur « Critique, et critique de la critique ». L’auteur, qui admit dernièrement avoir succombé fut un temps à une certaine soralomanie en matière de séduction, montre bien en quoi Dieudonné répond à une certaine forme de cynisme pervers, qui joue de la transgression autant qu’on lui pose des interdits.

Qu’y avait-il alors à ajouter au brouhaha ambiant ? Rien, si ce ne sont quelques petites choses un poil théoriques sur la liberté d’expression et la tolérance.

VoltaireLa tolérance, pour la définir en quelques mots, consiste à accepter ce que l’on désapprouve. Fille des guerres de religion ayant opposé protestants et catholiques, la tolérance est comme une résignation : je ne parviendrai pas à faire changer l’autre d’avis, encore moins à le convertir, ni à le faire se ranger à mon camp, ou à le faire agir comme je le souhaite. « Cesser de combattre ce que l’on ne peut changer », écrivait John Locke, et accepter l’autre tel qu’il est. Laissons-le penser, dire, faire, vivre à sa manière ; ne le tourmentons pas, ne le violentons pas, ne le tuons pas. Ainsi que l’écrivait Voltaire dans le Dictionnaire philosophique à l’entrée « Tolérance » : « nous sommes tous pétris de faiblesses et d’erreurs ; pardonnons-nous réciproquement nos sottises, c’est la première loi de la nature. »

De cette charmante idée de tolérance découlent certaines choses assez remarquables, comme la liberté d’expression d’une part, et la démocratie moderne d’autre part. Nos sociétés se fondent en effet sur l’acceptation des différences, depuis l’opinion la plus intérieure psalmodiée silencieusement au plus profond de sa conscience, jusqu’à l’exhibition la plus exposée et obscène de modes de vie échappant aux normes de la convenance sociale. Mais faut-il déduire de ceci qu’il faut alors tout accepter, même l’intolérable ? Faut-il laisser la parole aux ennemis de la tolérance ?

Dans La société ouverte et ses ennemis, Karl Popper remarquait que cette question, « faut-il tolérer l’intolérable ? », a toutes les allures d’un paradoxe − en ceci, sa longue étude de la logique et du Tractatus de Wittgenstein n’avait pas été en vain.

En effet, deux cas de figure :

  1. Je suis tolérant, et décide de ne pas tolérer les intolérants. Dans ce cas-là, manifestement, je suis intolérant, ce qui détruit directement le concept de tolérance.
  2. Je suis tolérant, et décide de tolérer les intolérants. Dans ce cas-là, manifestement, je laisse faire les intolérants, ce qui détruit indirectement le concept de tolérance.

Karl PopperQuoi que l’on fasse, la présence d’intolérants dans une maison de tolérance semble donc la faire s’écrouler, ou tout du moins vaciller. Popper en déduit alors que, à choisir, plutôt qu’une tolérance illimitée impraticable, il vaut mieux une tolérance limitée viable, quitte à botter les fesses aux ennemis de celle-ci. En somme, il découle du concept de tolérance lui-même que celui-ci a besoin de limites pour pouvoir fonctionner.

La question est alors de déterminer quand est-il légitime de botter les fesses aux intolérants. Problème difficile. Nous avons en effet tous en nous un certains degré d’intolérance, et que celui qui ne l’a jamais été jette la première pierre sur Jésus. S’il fallait être strictement intolérant avec l’intolérance, nous finirions tous exclus, à commencer par les grands chevaliers blancs de la tolérance qui sont, comme on l’a vu, un poil intolérant quand même. Comment, donc, déterminer le degré intolérable de l’intolérable ?

Dans la Théorie de la justice, livre injustement ignoré, John Rawls distinguait trois importantes questions concernant ce problème :

  1. Les intolérants peuvent-ils se plaindre de ne pas être tolérés ? À l’évidence, selon Rawls, non, puisqu’en vertu de simples règles de réciprocité du droit et d’égalité de traitement, les cas semblables doivent être traités de façon semblable. Qui prône l’intolérance à l’égard d’un individu ou d’une population ne peut s’étonner ensuite que l’on en fasse de même à son sujet, puisqu’il s’agirait simplement là d’obéir aux mêmes principes que ceux qu’il souhaite voir promulgués.
  2. Les tolérants ont-ils le droit de ne pas tolérer les intolérants ? Il n’y donc a pas de pincettes à prendre lorsque quelqu’un est reconnu comme intolérant. Quand bien même il souffrirait de moults chagrins, il ne pourrait prétendre à consolation. Les tolérants sont en effet tout à fait fondés d’exclure l’intolérant lorsque, selon John Rawls, son existence devient une menace pour les tolérants, ainsi que l’on pouvait déjà le déduire depuis le « paradoxe de la tolérance » de Popper.
  3. Les tolérants ayant ce droit, dans quels cas en user ? C’est ici que l’on butte sur une nouvelle difficulté. Tant que la liberté, la société, la démocratie, la justice ne sont pas en danger, c’est un devoir de préserver une tolérance intacte, sans limites, et de laisser de la place même aux intolérants. « Quand ceux qui sont tolérants croient sincèrement et avec de bonnes raisons que leur propre sécurité et celle des institutions de la liberté sont en danger », en revanche, no pasarán, et écrasons l’infâme.

John RawlsLa balle est donc dans le camp des tolérants. Ce sont eux, et personne d’autre, qui possèdent la pleine liberté d’exclure, ou pas, un individu de leur communauté, en ayant recours aux organes de décision usuels : inutile d’écouter les plates jérémiades du coupable qui feint de n’être qu’accusé. Le peuple des tolérants est souverain, et ses représentants possèdent le pouvoir légitime de faire taire celui qu’ils jugent menaçant pour la société.

La question de droit étant tranchée, reste alors à déterminer la question de fait. Les quenelles sont-elles vraiment à ce point indigestes pour que les tolérants les recrachent ? Il nous faudra pour cela les accommoder à la sauce sado-freudienne pour un prochain repas, qui déjà mijote dans nos marmites.

December 31 2013

23:00

Rentrée 2014

Grâce à la magie des articles programmés, Morbleu ! parvient à souhaiter dès maintenant à tous ses lecteurs une bonne et heureuse année 2014 !

Il n’aura échappé à nul lecteur attentif que le rythme de publication sur Morbleu ! avait sérieusement ralenti ces derniers temps. Les trépidations de la vie moderne n’épargnent rien ni personne, à commencer par le temps libre. Les loisirs postmodernes s’occupent quant à eux de liquider le peu qu’il en reste : sports, jeux vidéo, musique, cinéma, théâtre, gastronomie, alcool, pornographie − un paysage à rendre incontinent le Marquis de Sade lui-même.

Mais que l’on se rassure. Première bonne résolution de nouvel an, que l’on n’aimerait pas voir trahie : retrouver un rythme de publication plus raisonnable. Le monde a plus que jamais besoin des réflexions lentement distillées dans les alambics de Morbleu !. Nous pensions qu’il pourrait sortir de la crise par lui-même. Nous nous trompions. Aussi, comme l’a récemment déclaré notre ancien président :

« La question n’est pas de savoir si je veux ou ne veux pas revenir. Je ne peux pas ne pas revenir. Je n’ai pas le choix. C’est une fatalité. Une fatalité. »

Mais pour ce faire, un format peut-être un peu différent. Morbleu ! avait en effet subrepticement glissé vers un style quasi universitaire, avec des articles fleuves faisant presque passer la Revue de métaphysique et de morale pour un gentil petit périodique étudiant. Sans pour autant délaisser les longues analyses profondes et percutantes qui firent et font toujours sa réputation, Morbleu ! renouera avec des articles plus courts, plus proches du bloging. Car, comme le disait en substance papy Nietzche dans une citation que je ne parviens plus à retrouver :

« Je dis plus en six phrases que d’autres en dix livres. »

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